La hausse des taux d’intérêt met en péril la stabilité financière de la zone euro

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Dans son dernier rapport sur la stabilité financière, la Banque centrale européenne souligne les vulnérabilités des acteurs de la finance non bancaire, tels que les gestionnaires d’actifs, les compagnies d’assurances et les fonds de pension, face à l’augmentation des risques de crédit et à la détérioration du marché immobilier.

À mesure que les conditions financières se resserrent, les fragilités du système financier deviennent de plus en plus apparentes. La hausse des taux d’intérêt, initialement relativement inoffensive, met désormais à l’épreuve la résistance des ménages, des entreprises, du secteur immobilier, des gouvernements et des marchés financiers, comme l’a reconnu la Banque centrale européenne (BCE) dans son dernier rapport sur la stabilité financière. Alors que des premières fissures sont déjà apparues dans le système bancaire américain, l’institution constate que « les perspectives de stabilité financière dans la zone euro demeurent fragiles ».

La finance non bancaire, souvent appelée « shadow banking » de manière peu flatteuse, est particulièrement surveillée. Elle englobe diverses institutions telles que les fonds d’investissement, les gestionnaires d’actifs, les compagnies d’assurances et d’autres types d’intermédiaires financiers. Le problème réside dans le fait que leurs portefeuilles sont souvent exposés à une augmentation des risques de crédit. Ce phénomène semble difficilement évitable, compte tenu de l’inflation persistante et du ralentissement économique.

En cas de pertes importantes nécessitant des liquidités urgentes à l’avenir, « des ventes d’actifs forcées pourraient amplifier la pression sur les prix », créant ainsi un cercle vicieux redouté par la BCE. L’institution souligne l’importance d’une réserve de liquidité adéquate pour ces acteurs et de modalités de remboursement adaptées à la liquidité des actifs des fonds.

La correction du marché immobilier commercial met également à l’épreuve la résistance des fonds d’investissement et d’autres acteurs de la finance non bancaire. Récemment, plusieurs fonds immobiliers, qui promettaient une liquidité quotidienne ou quasi quotidienne aux investisseurs mais détenaient des actifs par nature peu liquides, ont rencontré des difficultés. Fin 2022, plus de 8 % des actifs des fonds d’investissement et des compagnies d’assurances, ainsi que près de 7 % de ceux des fonds de pension, étaient investis dans l’immobilier, directement ou via des fonds.

L’interconnexion entre les institutions de la finance non bancaire et le secteur bancaire est également soulignée comme une source de vulnérabilités et de risques de contagion financière dans le rapport sur la stabilité financière. Par exemple, les gestionnaires d’actifs représentent une source de financement importante pour les banques, car ils détiennent la quasi-totalité des obligations contingent convertibles (CoCo), des instruments de dette subordonnée essentiels pour renforcer les fonds propres.