La livre turque plonge dans un krach

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La livre turque connaît une chute vertigineuse de 7 % mercredi, sa plus importante baisse en une journée depuis 18 mois, et une baisse de 13 % depuis la réélection d’Erdogan. Elle rejoint ainsi le club des « monnaies zombies » victimes d’hyperinflation. À moins d’un électrochoc rapide tel qu’une forte augmentation des taux d’intérêt par la Banque de Turquie, la devise continuera de sombrer.

La livre turque ne cesse de s’enfoncer. Elle plonge de 7 % mercredi, enregistrant ainsi sa plus importante chute quotidienne depuis 18 mois. Le dollar a dépassé la barre des 23 livres (23,15) et l’euro se rapproche du niveau de 25 livres (24,76). Sur le marché des devises, plus stable que celui des actions, une telle chute équivaut à un krach. La devise turque a connu de nombreux krachs ces dernières années, notamment fin 2021 et surtout en août 2018. Elle avait alors enregistré la plus forte baisse en cours de séance de son histoire, soit -27 %, avant de terminer la journée sur un plongeon de 14 %.

Depuis la réélection d’Erdogan, la livre turque a perdu 13 % de sa valeur, tandis que la Bourse d’Istanbul a rebondi de 18 %. Contrairement aux investisseurs étrangers, les investisseurs turcs estiment que les actions de leur pays – un moindre mal – sont bon marché, contrairement à la livre turque. La plupart du temps, les monnaies ont un niveau plancher – une valeur fondamentale – à partir duquel elles rebondissent après une forte chute. Il semble que la livre turque soit dépourvue de cette stabilité. Certaines banques prévoient que le dollar pourrait atteindre 28 livres turques d’ici la fin de l’année. Les Turcs se tournent vers des actifs sûrs (comme l’or) et des devises stables (dollar, euro). Cependant, la chute de la monnaie turque profite aux touristes étrangers.

Spéculer à la baisse sur la livre turque est extrêmement coûteux, et les autorités font tout leur possible pour décourager cette spéculation. C’est pourquoi les fonds spéculatifs se tournent plutôt vers d’autres monnaies émergentes, comme le rand sud-africain, pour effectuer leurs paris à la baisse. La livre turque rejoint le club des « monnaies zombies » victimes d’hyperinflation, aux côtés du peso argentin, du bolivar souverain du Venezuela et du dollar zimbabwéen. En Turquie, l’inflation a certes ralenti en mai, mais elle reste encore proche de 40 %. Cependant, le président Erdogan refuse catégoriquement d’augmenter les taux d’intérêt pour freiner la hausse des prix. Son objectif prioritaire est de stimuler la croissance économique. Au premier trimestre, celle-ci s’est élevée à 4 % en rythme annuel, soit deux fois moins qu’à la même période de l’année précédente (+7,6 %).