Le marché du crédit carbone volontaire : un secteur prometteur mais complexe pour les jeunes entreprises

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Les levées de fonds se multiplient dans le secteur, à l’instar de celle de SustainCert, qui annonce un financement de 37 millions de dollars. Cependant, ces initiatives s’inscrivent dans un environnement controversé.

L’approche « Éviter, Réduire, Compenser » (ERC) consiste à encourager les entreprises, par exemple, à éviter les dommages environnementaux, à réduire leur impact et enfin à compenser les émissions résiduelles. C’est dans ce dernier aspect que s’est développé le marché volontaire du crédit carbone, mis en place dès 2005 lors du protocole de Kyoto et qui connaît une récente recrudescence.

Selon le dernier rapport du fonds de capital-risque CommerzVentures, les start-up de compensation carbone ont récolté 505 millions de dollars de financements en 2022, un chiffre qui a triplé par rapport à 2021. Il s’agit de la verticale connaissant la plus forte croissance parmi les « fintechs climatiques ».

En d’autres termes, pour une entreprise, il s’agit d’acheter des crédits carbone (un crédit équivalent à une tonne de CO2 compensée) afin de financer des projets visant à éviter ou à séquestrer le carbone, permettant ainsi de compenser ses propres émissions de CO2. Il convient de distinguer le marché volontaire (sans obligation) du marché réglementé.

Jérôme Faul, président du directoire d’Innovacom, l’un des investisseurs historiques de SustainCert, estime que « le marché émerge, mais reste un marché de consultants. Il faut apporter des outils numériques pour automatiser et passer à l’échelle ». SustainCert, une start-up basée au Luxembourg et fondée par la Française Marion Verles, se positionne comme un vérificateur indépendant. Elle recommande aux normes carbone (sortes de labels certifiant les réductions d’émissions des projets) d’émettre des crédits. Parmi les normes les plus connues figurent Gold Standard, des ONG dont Marion Verles était précédemment PDG, et Verra.

SustainCert a commencé ses vérifications sur des projets liés aux énergies renouvelables avant de s’étendre à des projets de fours de cuisson domestiques, très répandus dans les pays en développement, souligne la fondatrice. D’ici 2024, la start-up prévoit de s’engager dans des projets de reforestation, en utilisant par exemple des compteurs intelligents, des capteurs, des données de prédictions ou des images satellitaires.

Le secteur a été ébranlé par divers scandales. South Pole, leader mondial du marché de la compensation carbone, a surestimé l’efficacité de son projet de lutte contre la déforestation au Zimbabwe, tandis que Verra, un organisme de certification, a été accusé de produire des « crédits fantômes » pour 90% de ses crédits carbone certifiés.